La convention collective nationale des bureaux d'études techniques, cabinets d'ingénieurs-conseils et sociétés de conseil (dite convention Syntec, IDCC 1486) couvre environ 910 000 salariés en France. Elle régit les secteurs du numérique, du conseil, de l'ingénierie, de la formation professionnelle et des études de marché. Avec des grilles de salaires minimaux revalorisées en 2025, une classification ETAM et cadres par positions et coefficients, et des dispositions spécifiques sur les RTT, la convention Syntec mérite d'être décryptée en détail — d'autant qu'elle est souvent mal appliquée par les employeurs.
La classification Syntec : positions et coefficients
La convention Syntec classe les salariés en deux grandes catégories (ETAM et cadres), chacune subdivisée en positions et coefficients qui déterminent le salaire minimum, les responsabilités attendues et le préavis applicable.
Grille de classification ETAM
| Position | Coefficient | Profil type | Salaire minimum brut mensuel 2026 |
|---|---|---|---|
| 1.1 | 200 | Employé débutant, tâches simples et répétitives | 1 766,92 € (SMIC) |
| 1.2 | 210 | Employé avec initiative limitée | 1 790 € |
| 1.3.1 | 220 | Employé qualifié, autonomie partielle | 1 840 € |
| 1.3.2 | 230 | Employé très qualifié | 1 870 € |
| 2.1 | 240 | Technicien débutant | 1 920 € |
| 2.2 | 250 | Technicien expérimenté | 1 960 € |
| 2.3 | 275 | Technicien confirmé, expertise reconnue | 2 060 € |
| 3.1 | 310 | Agent de maîtrise, encadrement de premier niveau | 2 220 € |
| 3.2 | 355 | Agent de maîtrise confirmé | 2 440 € |
| 3.3 | 400 | Agent de maîtrise supérieur | 2 680 € |
Grille de classification cadres
Les cadres Syntec sont classés en 3 positions principales. La position 1 (coefficients 95 à 115) correspond aux jeunes ingénieurs et cadres débutants. La position 2 (coefficients 100 à 150) couvre les ingénieurs et cadres ayant au moins 6 ans de pratique en position 1, avec des responsabilités élargies. La position 3 (coefficients 170 à 270) concerne les cadres supérieurs et dirigeants avec des responsabilités stratégiques. Le salaire minimum d'un cadre position 1.1 (coefficient 95) est d'environ 2 120 € brut mensuel en 2026 — un montant souvent en décalage avec les salaires réels du marché, mais qui constitue le plancher incontournable.
Les salaires minimaux Syntec en 2026
La grille Syntec est régulièrement revalorisée par des avenants de branche. La dernière revalorisation significative date de 2025, avec des augmentations de 2 à 4% selon les coefficients. Ces minimaux sont des planchers : rien n'interdit (et le marché impose souvent) de payer au-dessus, surtout dans le numérique et le conseil parisiens.
Comment vérifier que votre salaire respecte la grille
- Identifiez votre position et coefficient sur votre fiche de paie (mentionné dans l'en-tête)
- Comparez avec le minimum conventionnel de votre coefficient (tableau ci-dessus ou avenant en vigueur sur Légifrance)
- N'oubliez pas de vérifier que votre coefficient correspond réellement à vos fonctions — un analyste senior classé en 1.3.2 alors qu'il devrait être en 2.2 perd plusieurs centaines d'euros par mois
- La prime de vacances obligatoire (10% de la masse brute des indemnités de congés payés) doit apparaître sur votre bulletin de juin ou juillet
- Si votre salaire est inférieur au minimum de votre coefficient, demandez une régularisation par écrit à votre employeur
- En cas de refus, la réclamation peut remonter sur 3 ans devant les prud'hommes
Les avantages spécifiques de la convention Syntec
Au-delà des salaires minimaux, la convention Syntec prévoit plusieurs avantages que tous les salariés ne connaissent pas — et que certains employeurs « oublient » d'appliquer.
Prime de vacances
L'article 31 de la convention prévoit une prime de vacances d'au moins 10% de la masse brute des indemnités de congés payés versées sur la période du 1er juin au 31 mai. Concrètement, pour un salarié gagnant 3 000 € brut par mois, l'indemnité de congés payés sur un an est d'environ 2 750 €, et la prime de vacances minimale est de 275 €. Elle est souvent intégrée dans un « complément » mensuel ou versée en une fois en juin. Vérifiez qu'elle apparaît bien quelque part dans vos bulletins.
RTT et temps de travail
La convention Syntec prévoit deux modalités principales d'aménagement du temps de travail. La modalité « standard » à 35h hebdomadaires (pour les ETAM principalement). La modalité « réalisation de missions » à 38h30 avec 10 à 12 jours de RTT par an (pour les cadres position 2+). Et la modalité « forfait jours » à 218 jours par an (pour les cadres autonomes position 3+), avec des jours de repos supplémentaires selon le calendrier. La modalité 2 est souvent appliquée aux cadres débutants en position 1.2 et au-delà, ce qui génère un contentieux récurrent : si le forfait heures n'est pas formalisé par un avenant au contrat, les heures au-delà de 35h constituent des heures supplémentaires dues.
Préavis et indemnités de licenciement
Les préavis Syntec sont plus longs que le minimum légal pour les cadres : 3 mois pour les positions 1 et 2, et jusqu'à 4 mois pour la position 3. L'indemnité conventionnelle de licenciement est de 1/3 de mois par année d'ancienneté au-delà de 2 ans, ce qui est identique à l'indemnité légale dans la plupart des cas. La convention métallurgie est souvent plus avantageuse sur ce point — si votre entreprise hésite entre les deux conventions, la métallurgie peut être plus favorable pour les indemnités de licenciement.
Les erreurs fréquentes d'application de la convention Syntec
En pratique, les litiges les plus courants portent sur la classification (coefficient sous-évalué par rapport aux fonctions réelles), la prime de vacances (absente ou sous-évaluée), les heures supplémentaires non payées (salariés en modalité 2 sans avenant formel), et les frais de déplacement (remboursement au réel vs forfait insuffisant). Si vous travaillez dans une ESN (entreprise de services du numérique), un cabinet de conseil ou une société d'ingénierie, vérifier l'application correcte de votre convention peut vous faire gagner plusieurs milliers d'euros par an.